Quelques liens intéressants vers des forums.
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=51&t=22430
Le secret des Vikings, 7 novembre 2008, forum Histoire-Passion
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=51&t=18731
Etablissements Vikings en Gascogne, 23 août 2006, forum Histoire-Passion
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=51&t=5535
Le Secret des Vikings par Joel SUPERY, 26 juillet 2005, forum SADIPAC-SUD-OUEST
http://annuaires.sudouest.com/asso_detail_forum.php?asso=2062&sujet=2062&message=3852
Un peu de burlesque, 25 juillet 2005, forum Archéolandes
http://www.archeolandes.com/forum/viewtopic.php?id=56
Le lien historique entre Björn et la Gascogne.
Question posée par Keikoz sur le forum passion-histoire, sujet : "Le Secret des vikings", le 13 septembre 2009.
Y a-t-il des éléments hors toponymie qui vous permettent de faire le lien entre les attaques en Gascogne et Björn ?
Asgeir, seul chef connu des Annales de Saint Bertin.
Bjôrn est souvent considéré comme un chef secondaire. Les annales de saint Bertin l'évoquent entre 855 et 862, une carrière connue relativement courte. Dans ce laps de temps, il vainc Charle le Chauve sur la Seine, prend Paris, fait sa soumission, mène une expédition en Méditerranée en 859 et se trouve à Constantinople en 860 lors de la première chute de la ville. C'est bref, mais dense. Où opérait Björn avant 855 ? On l'ignore.
Il n'est pas nommément désigné comme participant à l'offensive en Gascogne. Ragnar son père non plus d'ailleurs.
Les annales de Saint Bertin, écrites pour le compte de Charles le Chauve évoquent un seul nom : Asgeir ou Asker, alias Oscar, le chef qui mène la première attaque sur la Seine en 841.
Il est à noter qu'à cette époque, l'Aquitaine est entre les mains de Pépin II et que les chroniqueurs francs ont du mal à savoir ce qu'il s'y passe.
D'après ces annales, Asgeir prend Saintes en 845, Bordeaux en 848, Périgueux en 849. Il est donc désigné comme un des meneurs de l'offensive en Gascogne du Nord. Du sud de la Gascogne, les annales ne soufflent pas un mot.
Hastein désigné comme un des chefs par le roman du Rou et la Chronique de Bigorre.
De son côté, le Roman du Rou de Robert Wace (1070, une bonne centaine d'années après les faits) précise : « Hastein ravagea tant en Flandre qu'en Gascuigne ».
Ainsi, Asgeir n'est pas seul à opérer en Gascogne. Cette information est confirmée par un texte gascon. Le Cartulaire de Bigorre repris par Du Mège dans son « Histoire du Languedoc » qui désigne Hastein comme le chef de l'invasion gasconne (Désolé, je n'ai pas le texte original, si quelqu'un l'a...).
Toujours pas de mention de Björn.
Le Binome Björn-Hastein.
Robert Wace précise : « Lothbroc (Ragnar Lodbrok) confie Bier (Bjorn) à Hasteinz (Hastein) pour qu'il le conseille ». Björn serait ainsi confié à Hastein, son tuteur.
Le même Robert Wace dit à propos de l'expédition de 859 en Méditerranée: « Hastein dit qu'il irait à Rome et qu'il ferait de Björn son roi ». Le texte confirme que Björn est en quelque sorte « le supérieur hiérarchique » d'Hastein.
Robert Wace ajoute: « Il n'y a pas de ville qui ne fut prise par Björn et ravagée par Hastein ».
Cette phrase souligne une réalité culturelle. Les chefs vikings opéraient en binôme. Tous les spécialistes du monde scandinave savent que le binome ou forstbrudarlag est un élément fondamental de la société scandinave.
Dans ce binôme, Björn, Fils de Ragnar, est le supérieur d'Hastein. Rappelons qu'Hastein n'hésite pas à abandonner la vallée de la Loire qu'il vient de conquérir de haute lutte entre 852 et 856 pour suivre Björn en Méditerranée. La hiérarchisation des pouvoirs est clairement évoquée par ces textes.
Si Hastein ravagea la « Gascuigne », on doit présumer que Björn n'était pas très loin.
La Gascogne, destinée à Björn.
Cette conquête de la Gascogne n'est pas faite pour le compte d'Hastein qui opérera l'essentiel de sa carrière sur la Loire. La Gascogne ne lui est pas destinée. Elle est destinée à quelqu'un d'autre, probablement son supérieur. C'est, à mon avis, la raison pour laquelle les Annales franques connaissent si peu Björn. Il opère en Gascogne, dans les Pyrénées, en Espagne et en Méditerranée, c'est-à-dire des régions situées dans le domaine de Pépin II d'Aquitaine et très mal couvertes par les chroniqueurs francs.
Revenant sur les origines des invasions, Guillaume de Jumièges ajoute. Lothbrok chasse Bier « afin que se rendant en des pays étrangers, Bier conquis par les armes une nouvelle résidence. » Livre 1 Chapitre 5. Björn avait pour mission de conquérir un territoire. Nul ne sait sur quel territoire Björn a jeté son dévolu. Il se trouve que le premier territoire massivement attaqué dès 840 est la Gascogne.
Cet ensemble de citations permet de reconstituer un tout cohérent. La plupart des auteurs les mettent de côté sans les analyser.
La donation de la Gascogne.
En 858, les annales de Saint-Bertin évoquent « Bernon (alias Björn), duc de cette portion de Normands qui habitaient sur la Seine (il a lancé l'offensive en 855), vient vers le roi Charles dans le palais de Verberie, et, mettant ses mains dans les siennes, lui jure fidélité. »
Cette soumission n'est pas celle d'un chef vaincu, mais d'un chef qui vient de prendre Rouen en 855, Paris en 856, Evreux en 858, et dont les lieutenants Hastein et Asgeir ont pris Poitiers en 854, Angers, Tours, Blois et Orléans en 856, et Chartres en 858. La Francie occidentale de Charles le Chauve est abattue sous les coups de boutoirs des colonnes infernales vikings.
Björn est en position de force. Bien évidemment, il va demander une contrepartie. Les annales sont muettes sur la question, donc, certains concluent qu'il n'y a pas eu de contrepartie... Je pense que Charles a cédé à cette occasion une portion de son royaume.
Or, le seul territoire qui ne sera plus jamais évoqué en Francie occidentale, c'est la Gascogne, au sud de la Garonne, que les Vikings contrôlent déjà et qui de toute façon est dans le domaine de Pépin II d'Aquitaine. Charles ne perd franchement pas grand chose... Quant aux Danois, ils obtiennent la reconnaissance juridique de leur occupation de fait.
Ce désintérêt franc pour la Gascogne est confirmé lorsque Sanz, le comte et marquis de Gascogne, nommé par Charles le Chauve en 852, succombe en 864, CII ne nomme pas un nouveau comte pour le remplacer. Il ne prend pas non plus sous sa protection le fils de Sanz comme il est de coutume chez les Francs. Le fils est élevé par le comte Guillaume de Périgueux.
Cette attitude -d'abandon de pouvoir- signifie qu'il a cessé de considérer la Gascogne comme faisant partie de son royaume.
Certes cette donation et ce renoncement ne sont écrits nulle part noir sur blanc, mais ils sont écrits entre les lignes.
Rappelons enfin, qu'en 868, CII reprend le contrôle de l'Aquitaine, mais pas de la Gascogne et qu'en 982 les Gascons se débarrassent des Vikings sans le soutien des Francs. Il est à noter que jamais les Carolingiens ne tenteront quoi que ce soit contre la Gascogne durant cette période
Visiblement, la Gascogne a été cédée par Charles le Chauve, or, le seul chef à qui il a pu la céder était Björn en 858.
Ces éléments ne sont pas toponymiques. Ils sont historiques et textuels. Par contre, il est clair que personne ne les a jamais analysés ni mis en relation les uns avec les autres.
Bien cordialement,
JS
Des sources non fiables – La Gascogne victime d’un raid classique – Facilité toponymique – Erreurs toponymiques – Origines du Béarn et Beneharnum – Monnaies frappées à Dax pendant l’occupation viking – La Gascogne ignorée pendant l’expédition de 858-861 – L’oubli du rôle des Comtes et marquis de Gascogne – Preuve de la souveraineté des comtes de Gascogne – L’hypothèse d’une jonction avec la Méditerranée critiquable.
Le 6 avril 2009, par Osbern, membre actif sur l'encyclopédie en ligne WIKIPEDIA.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Discussion_utilisateur:Osbern
A propos de l'offensive de 840
1°/ Les cinq extraits utilisés n’ont pas grande valeur : ils ne sont pas contemporains des événements. Tout historien sérieux éviterait de s’en servir comme fondement d’une thèse. Certains extraits datent du XVIIe siècle et on peut donc difficilement leur accorder confiance sur des événements antérieurs de plus de 800 ans. D’autres textes comme celui provenant du ''Cartulaire de Lescar'' ont été écrits au milieu du Moyen Âge mais ne sont connus que par des copies du XVIIe siècle, plus ou moins fidèles<ref>Benoît Cursente, « les centrilles de Béarn », ''Vicomtes et Vicomtés'', p.130</ref>. Il n’existe aucun texte purement gascon pour les VIIIe et IXe siècles<ref>Agathe Corre, « La Gascogne au Xe siècle », ''Auctoritas, Mélanges offerts à Olivier Guillot'', p.318</ref>.
Concernant ces textes, et notamment le cartulaire de Lescar, voilà ce qu’écrit l’historien Manex Goyeneche auteur d’une « Histoire générale du pays Basque » en 5 tomes aux editions Elkarnalean, Donostia, 2000.« D’autres cartulaires restent à exploiter, par exemple celui de Lescar (il a disparu, mais Pierre de Marca a recopié des passages entiers), celui de Dax… Tous ces documents sont à reprendre systématiquement… Leur éclairage peut être utile pour construire l’histoire de ce haut Moyen Âge… » Tome 1, p 211.Visiblement cet historien considère que le fait de ne pas être contemporains des événements, ne nuit pas tant que cela à leur valeur historique.
2°/ Les cinq textes parlent d’attaque, de pillage, de massacres, d’incendies menées par les Vikings en Gascogne. Conclusion de M. Supéry : les Vikings sont en train de conquérir la Gascogne. L’auteur est ici pris en flagrant délit de surinterprétation. Les textes ne décrivent que des raids vikings, comme il s’en produisit partout sur les côtes de Francie.
Les textes ne décrivent pas une attaque de pillage. Ils décrivent la destruction massive et systématique de toutes les structures politiques et religieuses de Gascogne. Il n’y est pas question de prise d’otages, ni de Danegeld, comportement habituel des Vikings en Neustrie. Les 12 sièges épiscopaux de Gascogne, dont St-Lizier situé à 250 kilomètres de l’océan tombent. Je vous mets au défi de trouver un raid de pillage aussi massif, qui s’enfonce aussi profondément dans les terres avant celui-là ! Par ailleurs, il faudra attendre 985 pour voir l’église rétablie en Gascogne. Nulle part l’église n’a été éradiquée d’un territoire de la sorte en France. Seule la Bretagne allait connaître une attaque de ce type à partir de 913. Une attaque que Jean-Christophe Cassard, historien breton, qualifie de « politique de décapitation sociale ». Les historiens gascons constatent la disparition des structures héritées de la civilisation gallo-romaine en Gascogne au 9e siècle, mais ne savent pas l’expliquer. Renée Mussot-Goulard parle de la présence viking en Gascogne comme la « plus longue occupation connue dans le royaume » -cf « Histoire de la Gascogne, » PUF 1996, p63. Les 5 textes évoqués concernent l’attaque initiale, mais il existe d’autres textes, dont les très contemporaines annales royales franques qui suggèrent que la Gascogne est aux mains des Vikings.
A propos de la toponymie
Quand le toponyme ressemble phonétiquement ou graphiquement au nom du Viking, M. Supéry conclut à une parenté. Ainsi, [[Béarn]] serait issu du Danois Bjorn; [[Royan]] de Ragnar, [[Hossegor]] de Asgeir…
Tous les linguistes toponymistes procèdent de la sorte lorsqu’ils manquent de sources écrites, ce qui est le cas en Gascogne. Le procédé de la ressemblance phonétique peut paraître primitif, mais il est le plus commun. Par ailleurs, ces interprétations sont complétées par des toponymes voisins confortant ces lectures : la commune de Soorts-Hossegor est voisine d’Angresse. Or, Angreville en Normandie dérive d’Asgeir-villa. Royan est voisin des Reigners, or, Reigner est la version franque de Ragnar. Le Béarn est à rapprocher de Caster Bern, une éminence qui domine Lourdes. Caster Bern est traduit par « château des aulnes » par les toponymistes gascons. Il se trouve que Björn était nommé Bern par les Francs. Le château de Björn paraît nettement plus probable. Par ailleurs, Lourdes est supposé faire allusion au gaulois lurd, désignant la boue. C’est possible, bien sûr, mais lord désigne chez les Scandinaves, comme chez les Britanniques, le « Seigneur ». Avoir un « château de Björn » dans un endroit stratégiquement positionné nommé Lordhus, la « résidence du Seigneur »… C’est le genre de hasard que j’accumule dans mon ouvrage à paraître. Ces conjonctions peuvent bien évidemment résulter du hasard. Mais la cohérence des résultats que j’obtiens me laisse penser que je n’ai pas fait fausse piste en évoquant une « Gascogne scandinave »
J’émets deux objections. Premièrement, un patronyme viking ne sert '''jamais seul''' à la construction d’un toponyme. Un suffixe (par exemple –ville, ou –tot) est toujours ajouté au nom. Etrangement, M. Supéry, qui connait cette règle puisqu’il en propose quelques exemples, paraît parfois l’oublier.
Il n’y a pas que des suffixes en –villa ou en –toft. Il y a également des suffixes –très communs en Gascogne- en –hus. Haeringhus, la maison de Haering va donner Arengosse, Arangoitze, Aranguisse, mais aussi Eyranx (Hearing-s). La voyelle finale est dans ce cas muette. Dans certains cas, le –s final va lui-même tomber. C’est, à mon avis, le cas pour Hossegor (Asgeir), mais aussi pour Siguer (Siggeir), Azur, Ozourt (Özur), Laudine (Lodinn), Gouze (Gusi), Gondrin (Gudrid), Gumond (Gudmund), Goubern (Gudbjörn), Grimard (Grimar), Gimont (Gismund), Germond (Germund), Andrein (Eindrid), Audon (Audun), Saubion (Soybjörn), Arnaute (Arnot), Arné (Arni) etc… Ces toponymes sont résolument germaniques. Evidemment, il ne s’agit que de propositions. En matière de toponymie, il est très difficile de prouver quoi que ce soit. Seule la probabilité permet de favoriser une hypothèse plutôt qu’une autre. Il se trouve que ces toponymes sont entourés d’autres toponymes composés, ceux-là.
Deuxième objection, certains toponymes considérés d’origine scandinave par l’auteur existaient avant l’invasion des Vikings. L’exemple le plus fameux est celui de Béarn dont tous les historiens et amoureux de la région savent qu’il est la survivance d’une cité romaine nommée « Beneharnum »<ref>[[Pierre Bonnassie]], « des refuges montagnards aux états pyrénéens », François Taillefer, ''Les Pyrénées, de la montagne à l’homme'', 1974, p.111</ref> et non issu de Bjorn.
Pour le cas du Béarn, c’est Pierre de Marca –un auteur du 17e siècle- qui a suggéré que ce nom venait de l’antique Beneharnum (ancien nom de Lescar, près de Pau). Mais il ne s’agit que d’une hypothèse, pendant longtemps la seule et c’est la raison pour laquelle elle n’a jamais été discutée. Cependant, cette hypothèse a été contestée par le passé. Le rapprochement avec Beneharnum est purement phonétique et nullement prouvé. Par ailleurs, le nom de Béarn apparaît après l’an Mil, c'est-à-dire un siècle et demi après la destruction de Beneharnum par les Normands, mais juste après l’épisode scandinave, et non avant comme vous le suggérez. Enfin, les Basques, les Catalans et les Béarnais (Biarnès) ne disent pas « Béarn », mais « Biarn », prononciation qui s’éloigne plus encore de Beneharnum et se rapproche sérieusement de Björn ou Bjarni (autre graphie souvent utilisée en Scandinavie). Vous pouvez dire que vous n’y croyez pas, mais cette hypothèse de lecture est bien plus cohérente avec les textes, la chronologie et la logique (le Somport et le Pourtalet étaient des cols stratégiques pour les conquérants de la Gascogne) que l’hypothèse Beneharnum. Pour pouvoir rejeter une hypothèse comme erronée, il faut avoir la preuve que votre hypothèse est la bonne, or, personne n’est en mesure à l’heure actuelle de prouver que Béarn vient effectivement de Beneharnum.
A propos des oublis d'éléments génants.
Selon Joël Supéry, [[Dax]] est prise par les Vikings en 840. On s’étonnera alors de voir le roi d’Aquitaine [[Pépin II d'Aquitaine|Pépin II]] frapper monnaie à Dax entre 845 et 848<ref> Janet L. Nelson, ''Charles le Chauve'', Aubier, 1994, p.167</ref>. Les sources numismatiques sont apparemment passées à la trappe.
Très bonne objection. Vous savez sans doute que Pépin II va être l’allié des Danois. Les Danois ont besoin de ce souverain comme ils ont eu besoin des « Puppet Kings » en Grande-Bretagne. Cette présence d’un souverain indigène à leurs côtés leur permet de ne pas apparaître comme des « envahisseurs païens » à chasser absolument, mais comme des partenaires politiques dignes d’intérêt. Les Vikings offrent leur force armée au souverain indigène qui en échange leur fait partager sa légitimité. Leur intérêt est que le souverain indigène garde les attributs de sa souveraineté et notamment le privilège de battre monnaie. Les Vikings ont pris Dax, en ont détruit une portion des remparts et les tours, et ont quitté la ville. La seule interdiction qu’ils ont formulée avant de partir est de reconstruire les fortifications de la ville. Il a existé entre 844, date de la remontée de la Garonne jusqu’à Toulouse, et 848, date de la chute de Bordeaux, une sorte de modus vivendi entre les envahisseurs et le souverain aquitain, une sorte de « paix armée ». Il faut attendre la chute de Bordeaux et l’élection de Charles le Chauve comme roi d’Aquitaine en 848, pour que Pépin II bascule définitivement dans le camp viking.
En 859, Bjorn et Hastein, deux des chefs qui auraient participé à la conquête de la Gascogne en 840, entament une expédition audacieuse… Etrangement, la Gascogne ne constitue pas une étape du périple. Ce n’est ni un point de départ, ni un point d’arrivée. Comme si la Gascogne ne constituait pas un refuge ou une base pour les Vikings. C’est un argument qui incline à penser que les Vikings n’ont pas conquis le pays.
Les flottes vikings faisaient relâche tous les soirs. Elles longeaient les côtes où elles disposaient de havres tels que Noirmoutier. Pourquoi n’en a-t-on jamais entendu parler ? Parce que tous ces havres disposés le long des côtes bretonne et aquitaine étaient hors d’atteinte des Francs excepté un seul : Noirmoutier, ce qui lui valut sa renommée historique. Logiquement, les flottes vikings sont passées par la Gascogne en revenant de Méditerranée. Ce n’est pas écrit dans les textes –quoique Oléron et Ré étaient des escales connues-, mais Ole Crumlin-Pedersen, le plus grand spécialiste scandinave des navigations vikings, vous le dira sans hésiter. De son côté, le Cartulaire de Lescar précise que les Vikings avaient une base à Mimizan, sur la côte landaise.
Alors que le roi franc avait des difficultés pour contrôler son royaume, des princes locaux ont souvent pris le relais royal pour contrer les raids vikings.
Avant la mort de Charles le Chauve en 877, il n’y a pas de princes, mais des comtes nommés par le roi.
En Aquitaine, ce rôle revint surtout aux comtes de Bordeaux et aux princes de Gascogne. Les seconds sont quasiment absents de la démonstration de Joël Supéry.
Pourquoi est-ce que le « comte et marquis de Gascogne » est-il absent à ce point dans mon ouvrage ? Réponse : tout simplement parce qu’il est absent dans l’histoire de la Gascogne. Il ne fonde aucune abbaye, n’ordonne aucune levée d’impôt, ne prend aucune mesure contre les envahisseurs… Il ne fait rien. Pourquoi ?A mon tour de poser quelques questions. Lorsque Mittarra Sanche, le « comte et marquis » de Gascogne nommé par Charles le Chauve en 852 succombe en 864, pourquoi Charles le Chauve ne nomme-t-il pas un autre « comte et marquis » pour le remplacer ? Pourquoi le roi carolingien ne prend-il pas sous sa protection à la cour le fils de Mittarra âgé de 10 ans comme il est de coutume chez les Francs ? Pourquoi est-ce le comte de Périgueux qui poursuit seul le combat contre les Vikings après 864 sans l’appui de Charles le Chauve ? Pourquoi en 868, Charles le Chauve nomme-t-il Vulgrin comte de Saintes, d’Angoulême, de Périgueux et d’Agen ? Pour résister à qui ? A Pépin II ? Il croupit en prison depuis 864. Pourquoi ordonne-t-il la restauration des fortifications de ces cités, mais pas de celles de Bordeaux, capitale historique de l’Aquitaine ? Qui l’en empêche ?Ces questions, je les ai posées aux plus grands spécialistes de l’histoire de la Gascogne il y a trois ans et j’attends toujours les réponses.
Pourtant, à la fin du IXe siècle, Garsie Sanche, est « comte et marquis jusqu’aux limites de l’océan »<ref>Agathe Corre, « La Gascogne au Xe siècle », ''Auctoritas, Mélanges offerts à Olivier Guillot'', p.318, p.326</ref>Titre qui exclut une domination viking entre la Garonne et l’Océan Atlantique.
Pour ce qui est du titre de « comte et marquis de Gascogne jusqu’aux limites de l’océan », il n’exclut en rien une « domination viking entre la Garonne et l’océan ». L’aîné des princes gascons héritait de la « croisade » contre les païens. Ses cadets recevaient les terres débarrassées des Danois (Fézensac et Astarac en 920), l’aîné héritait du titre et de la mission de chasser l’infidèle : il héritait d’un territoire occupé par l’envahisseur. C’est la raison pour laquelle l’église ne sera rétablie en Gascogne qu’après la victoire définitive sur les Danois en 982.
Le chef Bjorn part de [[Bayonne]], s’enfonce dans l’arrière-pays. Il atteint Saint-Bertrand de Comminges puis [[Saint-Lizier]] puis … plus rien. L’offensive viking s’évanouit dans la nature. Pourquoi ? Car l’auteur n’a pas trouvé de preuves que les Vikings ont poussé plus loin. La prise de cités comme [[Carcassonne]], [[Béziers]] ou [[Narbonne]] dans les années 840 n’est pas attestée par les sources. On peut en tirer deux conclusions alternatives : soit les Vikings n’ont pas été assez fort pour atteindre la Méditerranée, soit ils ne visaient pas la Méditerranée. Cette deuxième explication est bien sûr écartée par Joël Supéry parce qu’elle provoquerait l’effondrement d’une partie de sa thèse.
Il existe d’ autres explications possibles. Personnellement, j’ai plutôt tendance à croire qu’ils ont bien atteint la Méditerranée, mais qu’ils n’ont pas voulu attaquer les villes comme Toulouse ou Narbonne appartenant à la Septimanie, une zone militairement plus forte -car menacée par les Sarrasins- et plus à même de résister à leur attaque. Il est également possible qu’ils aient estimé ces places trop exposées car non protégées par la frontière naturelle que représentait la Garonne. Ils ont pris le contrôle de la Gascogne, ils ont infiltré la Septimanie, occupé des points clefs et atteint la Méditerranée, sans chercher à provoquer l’ennemi. Ils attendront 859 pour cela.
Etymologie de Royan, le Droit de Varech.
Le 8 décembre 2008, Sven, passionné d'histoire, source forum Passion histoire :
http://www.passion-histoire.net/viewtopic.php?f=51&t=18731&st=0&sk=t&sd=a&start=15
« Je reproche juste à votre étude certains excès, par exemple dans le cas de Royan, y voir une origine avec Ragnar, ça me semble un peu pousser le bouchon, le problème d'une étude toponymique, c'est qu'on peut faire dire ce qu'on veut aux noms ».
Dans mon prochain ouvrage, je réalise tout un développement sur la toponymie. Le cas de Royan est très intéressant. La toponymie est comme nous le savons tous très malléable. Pour émettre une hypothèse valable, partir des racines ne suffit pas. Il faut que le toponyme se situe dans un « contexte » favorable. Il se trouve que Royan se trouve à l’embouchure de la Gironde, une localisation prisée des Vikings. Ensuite, le principal port romain évoqué dans l’itinéraire d’Antonin Novioregum, se trouve derrière Talmont-s-Gironde une dizaine de kilomètres en amont de Royan. Il s’ensuit qu’il y a peu de chance que Royan ait été un port romain. Avoir deux ports à dix kilomètres de distance n’est pas très logique. Enfin, Royan se trouve sur une péninsule, défendue par des marais. Ceux qui ont eu intérêt à développer un port à cet endroit ne raisonnent pas comme les Romains. Ce n’est pas le réseau routier et l’accès à l’Hinterland qui importait, mais la protection du port contre des attaques terrestres. Seuls des commerçants peuvent raisonner de la sorte. Les Phéniciens s’installaient toujours sur des péninsules. Les Vikings également, ai-je envie d’ajouter, a fortiori lorsqu’ils se trouvent dans une embouchure. D’un point de vue toponymique, il existe à Royan un quartier nommé Gâtebourse. Ce toponyme dérive très directement du scandinave Gatborg, littéralement le « château contrôlant le passage ». Hors, vous savez sans doute que Royan a toujours été surnommé la « Sentinelle de la Gironde ». Ce toponyme –parmi d’autres- me laisse à penser que Royan pourrait porter un nom d’origine scandinave.
Quant à la filiation avec Ragnar, je la déduis de la logique et de la toponymie. Ragnar était le pionnier de l’invasion. Si Bayonne sur l’Adour et Bayon-s/Gironde se réfèrent à Björn, il est normal que Ragnar ait lui aussi été honoré et ait donné son nom à un port stratégiquement placé. Ce qui est le cas de Royan. Si d’aventure, on trouve un toponyme à proximité de Royan faisant allusion à Ragnar, alors il y a de grandes chances pour que Ragnar soit le nom du fondateur de Royan. Ragnar était nommé par les Francs Rainier. Regnéville dans le Cotentin dérive directement de Ragnar. Il se trouve qu’à trois kilomètres à l’est de Royan, il existe un hameau Les Reigners. Il s’agit à mon avis d’un faux pluriel. Reigners dérive de Ragnarhus, la maison de Ragnar. Juste au nord de Royan, Bernon témoigne de la présence de Berno, c’est-à-dire Björn, le fils de Ragnar. Certains je n’en doute pas vont trouver ces éléments ésotériques. J’ai identifié plus de 150 toponymes scandinaves en Charente maritime et il y en a beaucoup plus.
Concernant le droit de varech, pouvez-vous donner une source qui stipule sa présence et son importance en aquitaine? A vrai dire je pensais que ça existait seulement en Normandie.
Pour le droit de varech en Gascogne, il suffit de lire Estienne Cleirac « Us et coutumes de la mer » 1661. Les Albret ne sont pas étrangers au droit de varech puisqu’ils étaient traités de pilleurs d’épaves par leurs contemporains.
Remparts de Dax, carte délirante, château de Labrit.
Le 6 décembre 2008, Hervé d’Archéolandes, site internet consacré à l’archéologie landaise, a écrit sur le forum Passion Histoire :
« je viens de voir le site en question et en quelques secondes à peine de navigation, déjà des erreurs : je vous signale que les remparts de Dax n'ont jamais été détruits par les vikings et que jusqu'au 19e s., ils étaient conservés dans leur intégralité. »
Voilà le texte contesté : « Les remparts romains de Dax, Lapourdan et d'autres cités de Gascogne n'ont pas résisté très longtemps à l'attaque massive lancée en 840. Après sa chute, les Vikings n'occupaient pas une cité. Ils en détruisaient une portion des remparts et les portes et avertissaient les indigènes que si ils faisaient mine de les restaurer, ils reviendraient et les massacreraient tous jusqu'au dernier. Les Vikings se contentaient d'installer des points fortifiés autour des cités afin de les surveiller. Cela explique pourquoi les vieilles cités sont entourées de communes portant des noms d'origine scandinave. »
Je parle d’une pratique habituelle des Vikings.
J’ai fait une petite recherche sur les remparts de Dax et voilà ce que j’ai trouvé.
«Mais les féroces danois se voyant victorieux, s’empressèrent de gagner la ville afin de la détruire, renversant jusqu’à la base les superbes édifices de cette cité ; ils détruisirent les thermes impériaux, qui servaient aux baigneurs, et les canaux que l’on y avait construit pour l’écoulement des sources salutaires. Les remparts ne durent probablement qu’à leur extrême solidité de n’avoir pas été détruits ; mais il est fort possible que la large brèche qui se voyait encore en 1874 entre la rue Saint Vincent et la rue du Tuc d’Eauze, datait de cette époque : le peu de soin qui avait présidé à la reconstruction de la grossière muraille qui la fermait semblait le dénoter. »
Raimon Pottier, « Les Remparts gallo-romains de Dax », Bulletin de la société de Borda, 1881, p151.
« Vous citez sur une carte fort délirante montrant la progression de la "colonisation" viking, des "cités prises par les vikings en 840" : de grâce, informez vous, certaines sont des fondations ultérieures comme Labouheyre, "Marsan" (Mont-de-Marsan est un castelnau du XIIe dont l'acte de fondation est connu, castelnau qui récupérera la population des deux paroisses voisines de Saint Pierre du Mont et Saint Genès des Vallées; les fouilles du centre bourg de Mont-de-Marsan n'ont jamais prouvé la présence d'un habitat structuré au haut Moyen Age). »
La carte que vous avez vue sur ce site prend effectivement en compte des données évoquées par plusieurs textes gascons –Bréviaire de Lescar, Cartulaire de Tarbes notamment, mais aussi la très suspecte Charte de Mont de Marsan, découverte à Mont-de-Marsan, votre ville, par l’abbé Monlauzun vers 840 si je ne m’abuse.
Cette Charte, c’est une évidence, est criblée d’erreurs, mais –et c’est en cela que je me distingue de la doctrine dominante- je considère qu’elle mérite considération.
Certains passages –évoquant Labrit, Labouheyre, Marsan et d’autres bourgades landaises qui n’existaient pas à l’époque- sont bien évidemment erronés, tout comme sont entachés d’erreur la plupart des textes de l’époque. Bien sûr, Labrit n’a pas pu être pris par les Danois. Je dis dans mon livre que ce nom est probablement d’origine scandinave. Dire que les Vikings attaquent Labrit, c’est me tirer une balle dans le pied. Ce texte, clairement, ne me conforte pas dans ce que j’affirme. Pourtant, je l’évoque, pourquoi ?
Face à des sources écrites aussi anciennes et suspectes, on a le choix entre deux attitudes :
Soit on adopte l’attitude historique orthodoxe qui consiste à rejeter en bloc ces textes suspects ; c’est ce qu’ont fait systématiquement les chercheurs jusqu’à présent. Résultat : la Gascogne n’a pas d’histoire entre 840 et 982. C’est tellement vrai que Manex Goyeneche, dans son « Histoire Générale du Pays Basque » totalisant 2500 pages ne consacre que trois quarts de page à la période 840-982…
Soit, devant la faiblesse des sources, on adopte une approche moins catégorique consistant à faire l’inventaire des textes existants, qu’ils soient suspects ou non, et à donner les éléments au lecteur pour qu’il se fasse son opinion. J’ai fait le choix de cette démarche –très critiquable, car non académique- d’évoquer tous ces textes qui jusqu’à présent ont été ignorés, quitte à ce qu’ils paraissent absurdes, se contredisent ou me contredisent.
Concernant cette carte, il n’y est pas question de « colonisation ». Pour le rigoureux scientifique que vous prétendez être, vous avez une propension à déformer rapidement ce que vous lisez. Il s’agit d’une hypothèse de lecture de l’offensive de 840 fondée sur des textes gascons comme son titre l'indique d'ailleurs.
« Le peuplement haut médiéval à Labrit, c'est marrant mais ni les fouilles menées au château de terre dans les années 90, ni les prospections nombreuses menées sur cette commune lors du Programme collectif de recherches sur l'anthropisation de la Grande Lande de 2004 à 2007, n'ont permis d'en trouver moindre trace... La publication des résultats de fouille parlent... du début-milieu XIIIe s. comme période de construction ».
Vous me dites que la forteresse de Labrit ne date que du 13e…. Pourtant, il me semble que l’acte de fondation de l’abbaye de Saint-Sever –vers 985- évoque le château de Labrit parmi les biens donnés à l’abbaye par le Duc de Gascogne. J’en déduis, que malgré les conclusions des archéologues, il a existé un château à Labrit avant le 13e siècle… Bien sûr, vous pouvez également affirmer que l’acte de fondation de l’abbaye est un faux.