Toponymie scandinave en Gascogne.
Ce panneau de Capbreton, ancien port d’embouchure de l’Adour jusque vers 1310, rassemble trois des chefs de l’invasion Björn (Bénesse), Hastein (Seignosse) et Asgeir (Hossegor).
Le sud de la France est fortement marqué par une toponymie résolument germanique : Bergerac, Armagnac, Cognac, Aubrac, Larzac. Ces noms sonnent résolument gascon. Pourtant leur préfixe est germanique : Berger, Arman, Hakon, Aubert, Lars. Les Visigoths sont les principaux suspects dans le sud-ouest et les Burgondes dans le sud-est. Quant aux Vikings, ils n’auraient quasiment pas marqué la toponymie de leur empreinte au sud de la Loire.Or, si les Vikings ont effectivement colonisé la Gascogne comme nous le prétendons, on devrait logiquement trouver une toponymie scandinave tout comme on en trouve une en Normandie. Il devrait y avoir en Gascogne des toponymes cousins de ceux de Normandie. Hypothèse absurde a priori, mais quand on cherche, on trouve.
Asgeir : Angreville > Angresse -- Björn : Benneville, Bourneville, Berneville, Bierville > Bénesse, Bournos, Bernos, Biros -- Hastein : Senneville > Seignosse (anc. Senhosse) -- Knott : Conteville > Contis -- Haering : Herenguerville > Arengosse -- Ondverr : Ondreville > Ondres -- Bard : Bardouville > Bardos.
Il n’est pas besoin d’être un grand expert en linguistique pour constater que les radicaux correspondent. Seule la terminaison change. L’explication est simple. En Normandie, on a adopté le suffixe latin –villa, alors que dans le sud-ouest on a gardé le suffixe scandinave original –hus. Bernos et Berneville sont des évolutions de Bernhus et Bernvilla. Nous pensions qu’avec 200 toponymes entrant dans une grille de lecture scandinave, nous aurions suffisamment d’éléments pour ouvrir un débat que tout le monde évite. Dans les quatre départements côtiers que sont les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, La Gironde et la Charente maritime nous en avons pour l’instant comptabilisés 700… Dans cette liste figurent Brouage, Saint-Jean-d’Angély, Taillebourg, Royan, Talmont, Pauilhac, Lesparre, Margaux, Mérignac, Audenge, Bayon-s/Gironde, Ambès, Cadillac, Biscarosse, Mimizan, Hossegor, Bayonne, Biarritz, Arcangues, Arbonne, Cambo, Orthez, et quelques 675 autres…Cette toponymie germanique est, à notre avis, d’origine scandinave. Pour une raison toute simple : les plus fortes concentrations toponymiques se trouvent sur le littoral et vont en diminuant vers l’est. Comme si les envahisseurs étaient venus de la mer. Cette toponymie permet non seulement d’évaluer l’emprise territoriale de la colonie scandinave, mais aussi d’identifier les marches militaires que les envahisseurs établirent autour de leur colonie gasconne… Cette toponymie vient remettre en cause de nombreuses idées reçues et bouleverser l’histoire du sud de la France. Elle éclaire d’un nouveau jour le « projet viking ». Celui-ci semble non seulement avoir concerné le domaine de leur allié Pépin d’Aquitaine, mais aussi celui de Lothaire, fils aîné de Louis le Pieux, également leur allié.