L'Aquitaine viking

  • Des Vikings sous-estimés ?
  • Une guerre Viking ?
  • La Gascogne, objectif politique.
  • La Méditerranée, objectif commercial.
  • La Gascogne, colonie viking ?
  • Le legs viking.
  • La toponymie scandinave.
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Le legs viking.

Ci-contre. Ce petit bateau de plomb fut découvert dans le lit de la Charente à Taillebourg par l’équipe du Pr Mariotti. On a découvert des navires similaires à Dublin, en Irlande, qui fut un port viking important. Les archéologues pensent qu’il s’agit du lest d’un filet de pêche, mais cette dernière hypothèse paraît douteuse. Une des premières qualités demandées à un lest, c’est d’être profilé afin éviter d’accrocher le fond…


Les Vikings ne nous ont laissé pratiquement aucun monument prestigieux. Ils n’avaient pas l’ambition de bâtir pour l’éternité. Leur seule ambition était de s’installer sur une bonne terre et de s’adonner au commerce, à l’agriculture et à l’artisanat. Pour trouver des vestiges vikings, on peut bien sûr se tourner vers l’archéologie, mais c’est, à notre avis, ailleurs que se trouvent les vestiges les plus visibles du passage des Scandinaves. Ces artisans ingénieux et ces marins hors-pair ont laissé leur empreinte dans de nombreuses techniques (construction navale, tissage) et pratiques (chasse à la baleine, Droit de varech, assemblées démocratiques). Plus que l’archéologue, c’est l’ethnologue qui peut identifier l’héritage viking en Gascogne.


Chasse à la baleine et Droit de Varech.

Photo ci-contre. Ce rorqual échoué sur la plage d'Anglet évoque un des aspects de l'activité économique importée par les envahisseurs scandinaves. Les Albret en prenant le contrôle de la côte cherchaient à l'évidence à toucher les dividendes que représentait le Droit de Varech.

Les premières mentions de chasse à la baleine dans le Golfe de Gascogne remontent autour de l’an mil. Les baleines franches venant de Scandinavie arrivaient dans le Golfe de Gascogne pour hiverner et mettre bas. Les chasseurs attendaient avec leurs baleinières parées pour la chasse. Dès qu’une baleine était aperçue, les embarcations rejoignaient à force d’aviron l’animal. On tentait alors de blesser le baleineau, plus lent, que la mère tentait de protéger. Très souvent, la baleine à son tour blessée parvenait à s’échapper, mais succombait à ses blessures. Son cadavre porté par les courants et les vagues revenait sur la côte. En Gascogne, comme en Normandie, il existait un « droit de Varech ». Le seigneur pouvait revendiquer la propriété de toutes les épaves arrivant sur ses plages. Le mot varech, comme le mot anglais wreck, vient du scandinave vagrek, désignant les choses apportées par les vagues ou de vanrek, la chose qui flotte sans contrôle. Ce droit de Varech était très impopulaire et méprisé dans le monde chrétien, mais très honorable dans le monde scandinave… et en Gascogne.



Photo ci-contre. Cette vue aérienne de Biarritz permet de distinguer la plage du Port du Hart, protégée de la houle, où étaient dépecées les baleines.

Le foyer de la chasse à la baleine dans le Golfe de Gascogne fut Biarritz, c’est la raison pour laquelle on dit cette tradition basque. Cependant deux raisons permettent de contester cette affirmation. D’abord, le littoral basque historique va de Bidart à Fontarabie, or Biarritz se trouve juste au nord de celui-ci. Ensuite, dans le passé deux communautés vivaient à Biarritz, une première composée d’agriculteurs vivait dans les terres autour de l’église, une seconde à Gardague, le quartier dominant la plage du Port Vieux rassemblait les marins. La première était basque, mais la seconde était gasconne. Lors d’un recensement en 1736, sur 356 foyers biarrots, seulement 5 portaient des noms à consonance basque. Biarritz n’est devenu un port basque qu’après la Révolution. D’ailleurs, les récifs situés autour de Biarritz, une vingtaine, portent tous des noms gascons. Aucun n’a de nom basque.


Mais ce qui est intéressant c’est que les Gascons de Gardague n’étaient pas vraiment des Gascons. On les appelait les Agotacs.



Agotacs et Cagots, des parias aux origines inconnues.

Image ci-contre. Il fallut attendre la révolution pour que les Cagots soient considérés comme des citoyens à part entière, mais encore aujourd'hui on préfère oublier ses ancêtres cagots.

Les Agotacs sont plus connus sous le nom de Cagots. On les disait descendants de Visigoths. Selon une tradition d’Anhaux, village basque, ils étaient les survivants d’une armée vaincue. Ces gens vivaient en communauté. Ils n’avaient pas le droit de se marier avec des non-cagots. A l’Eglise, ils avaient une entrée séparée, un bénitier à eux et souvent, ils étaient cachés derrière des panneaux de bois qui les empêchaient de voir le prêtre et l’autel. Ils n’avaient pas le droit de posséder de chevaux, d’armes ni de chiens. Ils ne pouvaient s'adonner au commerce ni vendre leur production agricole. Les jours de marché, ils devaient passer les derniers. Ils ne pouvaient toucher les denrées qu’au moyen d’un bâton fraîchement épointé. Ils ne pouvaient marcher pieds nus et devaient porter cousu sur leurs vêtement, un tissu rouge en forme de patte d’oie.

Ils étaient souvent décrits comme courageux, durs au travail, doués pour le travail du bois. Ils étaient d’excellents charpentiers construisant moulins, ponts, maisons, chariots, bateaux et barriques, tout pour stocker et transporter les marchandises comme s’ils avaient été spécialistes du commerce. Ils étaient également des chasseurs de baleines sans peur à Biarritz, Bidart, Guétary, Ciboure et Capbreton.



Ci-contre. Les maisons des cagots devaient se signaler par un visage sculpté sur le linteau de la porte. Quelques maisons conservent encore ce vestige de ségrégation. Le plus souvent, cette marque a été ôtée.

Les Agotacs ne se trouvaient pas seulement sur la côte. Pas moins de 363 communautés de ce type ont existé en Gascogne. De telles communautés existaient également en Navarre et en Biscaye en Espagne. Personne ne sait qui ils étaient vraiment. Le mot Cagot (ou Agotac, Gahet, Capot, selon les régions) apparut au 14e siècle, mais les Cagots existaient avant cette époque. Selon le Cartulaire de Lucq, leurs ancêtres nommés Crestias, apparurent autour de l’an Mil…

Des Visigoths apparus autour de l’an mil, sachant travailler le bois et chasser la baleine, n’ayant pas le droit de combattre, de chasser, ni de commercer, cela fait beaucoup d’éléments en faveur d’une origine qui n’a jamais été émise jusqu’à présent.


Bateaux et navigation d'origine scandinave.

Ci-contre. Cette pinasse de Mimizan qui revient de la pêche au début du 20e s avec son mât rabattu, son bordage à clin, ses proues et poupes symétriques, ressemble à s’y méprendre à un Ferja scandinave.

Les navires de Gascogne, de Biscaye, des Asturies étaient construits à clin, une technique purement scandinave. L’archéologue naval Eric Rieth suggère que cette technologie fut apportée par les Anglais quand Henri Plantagenêt, Duc de Normandie, épousa Aliénor d’aquitaine, avant de devenir roi d’Angleterre  en 1154. L’archéologue n’étudie pas d’influence plus ancienne.

La transmission évoquée nous paraît cependant suspecte. Quand Guillaume le Conquérant envahit l’Angleterre en 1066, il prend le contrôle des constructions navales. Tous les navires devaient être construits en Normandie en sorte que l’Angleterre dépendait de la Normandie pour exister sur mer. Un siècle plus tard, la situation n’avait pas changé. L’Angleterre n’avait pas de marine. Mais l’Aquitaine en avait une. En 1340, la première bataille de la Guerre de Cent Ans  se déroule à l’Ecluse. Ce fut la première victoire navale anglaise d’une longue série sur une flotte française. Les marins Français étaient originaires de Normandie et de Bretagne, des ports de Dieppe, Honfleur, Harfleur, le Conquet. Les Anglais, sur leurs grosses nefs, venaient de Bayonne, Capbreton et La Rochelle, ports d’Aquitaine. Encore en 1340, la marine anglaise était structurée par des marins aquitains. Dans ces conditions, la technique du clin utilisée en Gascogne peut difficilement venir d’Angleterre.


 

Les spécialistes remarquent que les marins basques utilisent un vocabulaire basque pour la navigation côtière, mais un vocabulaire d’origine nordique pour la navigation en haute mer. Cela signifie que ce sont des étrangers qui leur ont appris la navigation en haute mer.

Photo ci-contre. Le Ferja, petite embarcation mue par des avirons, servait pour la pêche côtière et la chasse à la baleine. Sur cette photo, un grand Ferja de 12 avirons construit au musée des bateaux de Roskilde au Danemark. Au second plan, un knörr, navire de transport, construit d’après une épave découverte dans la baie. Ce second navire, très à son aise en haute mer, était totalement incapable, faute de rameurs en nombre suffisant, de remonter les fleuves. Photo J.Supéry

 


Alting et Biltzar, héritage politique ?

 

Parmi les objections à l’existence d’une Gascogne scandinave, il en est une particulièrement intéressante. « Si la Gascogne avait été une colonie scandinave, des structures politiques originales devraient persister. Or, on n’a rien trouvé, donc, il n’y a pas eu colonisation… » Ce raisonnement est parfaitement légitime et cohérent. Plus qu’une quelconque découverte archéologique, un tel argument peut permettre de trancher la question.

Parfois, pour trouver, il suffit de chercher.

Les Basques avaient un système de gouvernement très original. Au Pays Basque, vous n’appartenez pas à une famille, vous appartenez à une Etchea. L’Etchéa est la maison de famille très élargie, ressemblant parfois à un clan. Les chefs des Etchea se rencontraient après la messe sous un porche accroché à l’église. Là, ils résolvaient les problèmes de la communauté. Prêtres et nobles, qui par définition n’étaient pas des hommes libres, ne pouvaient assister à ces réunions. Chaque année, ces assemblées envoyaient des représentants à la haute assemblée. Celle du Labour se réunissait à Ustaritz. Celle de Biscaye à Guernika. Là, on votait les taxes, les lois et rendait la justice.

De telles structures ne sont pas typiquement basques. Dans le passé, elles existaient dans toute la Gascogne. Elles étaient appelées Jurades ou Juntes. Henri de Navarre gouvernait la Gascogne non pas en donnant des ordres, mais en passant des contrats avec ces assemblées. Cette façon « démocratique » de procéder est complètement originale dans une Europe marquée par la féodalité, mais pas unique. De telles assemblées existaient ailleurs : en Scandinavie.

Certains rejettent tout parallèle avec les institutions scandinaves. D’autres comme Anton Erkoreka, un spécialiste espagnol des Vikings, n’ont aucun doute. Ces institutions ont des origines scandinaves. Il y a une manière simple de la vérifier. Si les Alting –littéralement « les assemblées de tous »-- avaient existé en Gascogne, certains toponymes devraient s’y référer. Or, de tels toponymes semblent bel et bien exister…


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