DROIT DE REPONSE
à l'article
Le retour du grand blond
de Jacques de Cauna revue Vasconia, 2005
Dans une prétendue fiche de lecture, intitulée « le retour du grand blond », Revue Vasconia, numéro 6, année 2005, un historien local, Monsieur Jacques de Cauna s’est fendu d’une critique pour le moins surprenante. Il évoque ma lecture de la période comme « Une lecture aussi fantaisiste qu’inacceptable ».
Il ajoute :
« Tout cela serait à renvoyer au rayon du burlesque si on ne décelait dans ce peu ragoutant brouet à la sauce scandinave de très mauvais relents de révision de notre histoire dans un sens qui tendrait à vouloir substituer à nos aïeux gascons « indigènes » (ce mot de l’auteur dit toute sa démarche) une race supérieure de grands blonds aux yeux bleus qui seraient les pères de l’Europe économique ».
Personnellement, quand je lis cela, je suis mal à l’aise. Qui est ce Jacques de Cauna qui se permet non seulement de dénigrer mon travail, mais en plus d’insinuer que je fais l’apologie d’une race supérieure ?
Assez emblématique du vide de l’accusation, mon procureur -car je ne trouve pas d’autre mot pour qualifier sa façon de faire- n’a trouvé dans mon ouvrage qu’un seul mot pour fonder son accusation. J’ai employé le mot « indigène » qui à lui seul serait révélateur de « toute ma démarche ». On admire la solidité de l’accusation. Même du temps de MacCarthy, il en fallait plus !
Pauvre France, pauvre Gascogne ! Tu mérites mieux que ces sycophantes sans envergure qui préfèrent insulter que d’ouvrir et éventuellement refermer aussi sec le débat.
Monsieur de Cauna aurait pu en effet reprendre les points de ma thèse pour démontrer leur vacuité ou leur fausseté, le travail de base de tout critique. Mais non, Monsieur de Cauna ne m’attaque pas sur le fond, mais insinue sur la forme… Je suis un nazillon.
Au lieu d’évoquer les deux points centraux de mon travail, c’est-à-dire la volonté des Danois d’emprunter la vieille route commerciale entre Atlantique et Méditerranée et sa conséquence qui aurait été une installation des Danois en Gascogne, ce triste sire préfère écrire :
« Il serait bien trop long et inutile –sauf à vouloir donner un surcroît de publicité- d’en relever les manifestations d’un défaut général de méthode, les innombrables erreurs (notamment en matière de toponymie gasconne), les continuelles invraisemblances, rapprochements hasardeux, naïvetés et autres bourdes et absurdités qui le rangent indubitablement dans la longue liste d’écrits à sensation aussi racoleurs qu’éphémères dont notre actuelle société-spectacle est friande »
En clair, Monsieur de Cauna explique à ses collègues qu’il a fait le travail et qu’il n’y a pas lieu à débat ni discussion. L’affaire est classée. Monsieur de Cauna dans cet article se fait juge d’instruction, procureur et juge du siège. Non seulement sans me laisser le droit de réponse, mais en plus en suggérant à ses collègues de m’ignorer. Ce qu’ils vont faire avec une surprenante docilité.
La question qui me vient à l’esprit est : qui est cet inquisiteur à la manque ?
Wikipedia m’apprend :
Docteur d’État de la Sorbonne, habilité à diriger les recherches par l’Université des Antilles et de la Guyane, aujourd'hui professeur à l'Université de Pau, il est membre de nombreuses équipes de recherche travaillant sur la colonisation et la présence française aux Amériques, et des conseils scientifiques des Archives de France et du Centre de recherche international du CNRS sur les esclavages à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, ainsi que conseiller ou membre d’honneur de plusieurs sociétés savantes, musées et autres institutions.
Il a séjourné pendant vingt-cinq ans dans divers pays de la Caraïbe (Martinique, Haïti, Jamaïque et Bahamas…) où il a occupé des fonctions de professeur, d'historien et de diplomate, et collaboré aux travaux de nombreuses instances scientifiques nationales ou internationales (Cnrs, Pnud, Unesco…) qui lui ont valu, entre autres, d'être élevé au grade de commandeur de l'Ordre national Honneur et Mérite de la République d'Haïti en 1990 après avoir dirigé le Centre de Recherche Historique de l'Institut Français d’Haïti.
Après le Dictionnaire encyclopédique des Antilles et le Guide Gallimard d’Haïti, il a collaboré récemment au Dictionnaire de Bordeaux(Toulouse, Ed. Loubatières, 2006), au Guide des sources de l'histoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions des Archives de France (Paris, La Documentation française, 2007) et à la conception et la mise en œuvre des nouvelles salles du Musée d’Aquitaine surBordeaux, le commerce colonial et l’esclavage en 2009. Il a ouvert en 2010, dans le cadre des recommandations du Ciresc pour l'aide à la reconstruction du système éducatif et de recherche d'Haïti après la catastrophe du 12 janvier, la chaire d'Haïti à Bordeaux (site [1]).
Impressionnant ! Comment quelqu’un avec un tel pédigrée, diplomate en plus, peut-il s’abaisser à écrire une telle fiche de lecture insultante, calomnieuse avec autant de légèreté ?
J’ai écrit à ce Monsieur.
Le 18 juin 2009, il me répond :
Je ne sais pas de quoi vous parlez, n'ayant plus aucun lien - ni "cher(s) ami(s)" - depuis plus d'un an avec la Société de Borda (dont j'étais vice-président et non "membre" avant de la quitter) et aucune idée de cette "note de lecture" que vous évoquez sans références de publication (Bulletin de la Société de Borda, je suppose... ?).
Néanmoins, dans un mail du 20 juin 2009, il confirme :
Je persiste toutefois à penser, après vous avoir lu et comme je l'ai déjà dit et écrit, que votre méthode n'est pas historique et est mauvaise (sauf sur le plan "commercial"), et que ce que vous avancez est dénué de preuves (notamment en matière toponymique, mais aussi en matière de recours direct et dans le texte, et non par chroniqueurs tardifs interposés, type Dom Brugèles ou Oïhenart, aux chartes - dont certaines refont surface ces derniers temps - et aux annales). Je ne pense pas que vous soyez chartiste, c'est un métier qui ne s'improvise pas.
Bref, Monsieur de Cauna maintient que mon travail n’est pas sérieux dans des termes quasi identiques à ceux d’une note dont il n’a « aucune idée ». Ceci dit, on comprend que l'universitaire préfère « oublier » sa triste prose… C’est plus facile que d'avouer avoir été stupide et de présenter des excuses…
Cette prose est depuis reprise par les érudits locaux pour me discréditer. L’éminent historien Jacques de Cauna a écrit que Supéry était un auteur "burlesque" qui se pâmait dans les « relents de la révision », qu’il évoquait une « race supérieure de grands blonds ». Supéry est « catalogué » par un universitaire dont la « méthode scientifique » et le « sérieux » sont éprouvés. Donc, Supéry est coupable.
Le site archeolandes va reprendre l'accusation le 25 mai 2005 sous un titre inspiré: Un peu de burlesque.
Monsieur Joël Supery, qui fréquente actuellement les radios et la télé, vient de publier "Le secret des Vikings" où il révise toute l'histoire alto-médiévale de la Gascogne...
En 2008, je suis invité par une association historique à tenir une conférence à Saint Sever. La ville prête une salle de l’abbaye pour la tenue de la conférence. Deux jours avant celle-ci, coup de théâtre: le Maire nous retire la salle. Je refuse d'annuler la conférence et décide de la tenir sur la place sous les platanes, à l’ancienne. Le jour même, des affichettes sont scotchées pour signaler le changement de lieu. Trois gendarmes arrivent alors et arrachent l’affichette comme ills ont arraché toutes les autres… Tout l’après-midi, alors que je donnais ma conférence, la fourgonnette de la Gendarmerie nationale a fait ses rondes pour surveiller le « parterre de fanatiques » venus m’écouter. Que d’émotions ! Plusieurs mamies ont trouvé cela follement excitant !
Lorsque je demandais à Monsieur de Cauna s’il était derrière ce revirement du Maire, voilà ce qu’il m’a répondu dans son courrier du 20 juin :
Ce qui est arrivé (? : je n'en ai pas eu d'échos) à Saint-Sever est anormal et scandaleux, et a sans doute été provoqué par le même petit club qui a colonisé la Société de Borda pour y répéter la même stratégie qu'à Capbreton.
Comme vous le dîtes justement, c'est pitoyable... et regrettable pour la Gascogne.
Après avoir allumé l’incendie, Monsieur de Cauna crie au feu.
Malgré tous ses titres, Monsieur de Cauna demeure pour moi un « petit Monsieur ». Je sais ce que valent les diplômes. Je ne suis pas diplômé de l'Ecole des Chartes, mais je sais reconnaître un "cauna" quand j’en vois un.
Joel Supéry
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DROIT DE REPONSE
A l’article
Par peur des Normands
De Frédéric BOUTOULLE
Revue Archéologique de Bordeaux, tome IC, 2008
Dans un article intitulé « Par peur des Normands » sous-titré « les Vikings à Bordeaux et la mémoire de leurs incursions », paru dans la revue archéologique de Bordeaux, tome IC, année 2008, p23-28, l’historien Frédéric BOUTOULLE s’intéresse aux Vikings.
L’auteur va se fendre de la note suivante (note 8):
« Selon J.Supéry, la Gascogne aurait été la première colonie viking de peuplement du royaume franc, conquise dès 842. Cette conquête aurait pris place dans une vaste stratégie (un « intérêt supérieur ») menée à l’échelle de l’Europe : dans le cadre d’une « guerre commerciale » contre les Francs, les Vikings se seraient assurés de la Gascogne pour établir des relations durables avec les Musulmans, via les cols pyrénéens et la Navarre, afin d’écouler les esclaves capturés au cours de leurs raids. »
Cette première partie de l’intervention est assez fidèle à mon ouvrage et me laisse croire qu’il l’a lu.
Malheureusement, la seconde phrase n’a pas la même qualité.
« Pour ce faire, les envahisseurs auraient livré une sorte de Totaler Krieg avant la lettre, vidant méthodiquement la Gascogne de ses habitants pour la peupler ensuite de milliers de scandinaves. »
Cette phrase ne me plait pas. D’une part, elle est mensongère, d’autre part, elle me fait passer pour un idiot. En effet, écrire cela signifie que la Gascogne serait devenue une seconde Scandinavie. Or, comme il est de notoriété publique que les Gascons n’ont pas le type nordique, cette démonstration prouve que j’ai raconté n’importe quoi. Le seul problème, c’est que je n’ai jamais écrit cela. Mais pour BOUTOULLE, me ridiculiser est plus important que de se montrer précis.
Cette phrase est mensongère. L’usage du terme Totaler Krieg me paraissait pour le moins scabreux. Frédéric BOUTOULLE m’a assuré que j’avais utilisé le terme… page 63 de mon livre. J’ai retrouvé la phrase :
« La rhétorique des moines, volontiers spectaculaire et emphatique, ne s’en réfère pas moins à une réalité dramatique. Les Danois ont fait preuve d’une extrême sauvagerie. Pendant ces quelques années, les hommes du Nord n’effectuent pas une simple razzia. Ils détruisent systématiquement les symboles du pouvoir temporel (les remparts et les tours) et spirituel (autels, basiliques et reliques). Les Vikings mènent une guerre totale. »
L’historien extirpe les mots de « guerre totale » qui arrivent en conclusion d’un paragraphe qui oppose leur attaque à une razzia, traduit ces mots en allemand et les transforme en un concept. Un concept du 20e siècle… très connoté. C’est un peu comme si je parlais des léproseries et les qualifiait de « camps de concentration avant la lettre». C’est déplacé et absurde. Mais, si vous ne connaissez pas l’ouvrage critiqué, vous faites confiance à votre collègue de l’université et en déduisez que l’auteur profane est un inconscient.
Ensuite, jamais je n’ai dit ou écrit que les Vikings avaient « méthodiquement vidé » la Gascogne. Cette « extrapolation », très malhonnête, aboutit à assimiler les Vikings à des SS s’adonnant à une épuration ethnique de la région. Cette manipulation des mots est assez malencontreuse de la part de quelqu’un qui se targue d’être précis et prudent dans ses écrits. Je parle de « destructions systématiques » des symboles du pouvoir temporel et spirituel, j’évoque l’exode des populations que ces destructions ont pu provoquer (exode décrit par les textes), mais en aucun cas je ne dis que la Gascogne a été vidée. J’écris d’ailleurs que les Vikings n’occupent pas les cités gasconnes, mais se contentent de bâtir quelques mottes pour les surveiller… Pourquoi les surveiller si elles sont vides d’habitants !?! A aucun moment je n’ai écrit ni pensé que la Gascogne avait été vidée de sa population. Monsieur BOUTOULLE déforme sciemment mes propos pour me ridiculiser.
Certains vont dire que je suis pointilleux, sourcilleux. Je ne le suis pas. Frédéric BOUTOULLE n’est pas un journaliste, il est historien et universitaire et il connait parfaitement la valeur des mots et les messages qu’ils portent . Sa plume n’a pas dérapé et si elle l’a fait, c’est en connaissance de cause.
Ce qui est inquiétant, c’est que comme Monsieur de CAUNA, qui s’appuie sur le mot « indigène » pour déduire que je fais l’apologie d’une « race supérieure » (sic), Frédéric BOUTOULLE invente le terme « Totaler Krieg avant la lettre » pour m’accuser d’avoir décrit un nettoyage ethnique absurde.
Le principe est le même. Je suis universitaire, j’ai lu le livre et je brode pour descendre une thèse sur laquelle je n’ai pas envie (ou les moyens) de me prononcer. Quand vous ne voulez pas débattre avec quelques, traitez-le de pestiféré ou de fou.
Qui a dit que l’université était un panier de crabes ?
Joël Supéry